Aux origines de l’Amicale

  • L’Association « Amicale des Retraités de la Banque de France » est fondée dans le but:
  • – de grouper, dans un sentiment de solidarité et d’entraide, les retraités de la Banque de France;
  • – de défendre leurs intérêts moraux et matériels auprès du Gouvernement de la Banque et des autorités de tutelle ;
  • – de faire circuler l’information parmi eux;
  • – de conserver et de continuer les relations amicales ayant existé entre ses membres pendant la durée de leur service actif ;
  • – de leur porter secours et assistance en cas de besoin.

C’est à peu près en ces termes, qui sont ceux de nos actuels statuts, que s’exprimaient, il y a maintenant cinquante ans, les fondateurs de l’Amicale.

 

Après un demi siècle d’existence, l’Amicale reste le symbole de l’unité du Corps des Agents de la Banque de France et de la volonté de tous ses membres d’affirmer leur appartenance à l’Institut d’Emission.

En cette période anniversaire, il a paru bon d’aller aux origines de l’Amicale et de retrouver l’ambiance qui entoura sa création, son organisation première, les hommes et femmes qui l’animèrent à ses débuts, ses réalisations et ce qu’elle est devenue aujourd’hui.


L’ambiance

 

On mesure parfois mal, aujourd’hui, ce qu’était la vie quotidienne en 1945 – 1946, au lendemain des cinq années d’épreuves que venaient de vivre les Français.

Le choc du désastre du printemps et du début d’été dans cet environnement encore profondément marqué par les traces du cataclysme que le pays venait de vivre, les conditions quotidiennes d’existence étaient soumises à un climat de précarité particulièrement dû à l’inflation incessante, alimentée par les pressions de la pénurie de toutes les denrées indispensables. Le marché noir était installé à demeure, nourri par le rationnement de la nourriture, des vêtements, des ustensiles ménagers, etc. N’oublions pas que les tickets de pain, aliment essentiel de nos compatriotes de cette époque, ne disparaîtront qu’en 1950. car les niveaux des pensions ne suivaient qu’avec peine le cycle infernal, et les avantages ponctuels qu’obtenaient les actifs ne se trouvaient pas répercutés systématiquement sur les pensions.

 

Les disparités étaient énormes entre les Français, selon qu’ils avaient des ressources qui évoluaient, peu ou prou, selon les fluctuations cahotiques des prix ou des revenus fixes comme c’était le cas de la plupart des pensionnés.

 

La seule existence de ce climat d’incertitudes du lendemain, a profondément inspiré la volonté de certains de construire un cadre de vie nouveau avec des rapports plus équitables entre les citoyens. Cette détermination de créer un monde meilleur, plus sécuritaire où chacun trouverait une place respectant sa dignité, est à l’origine de la naissance d’un nombre impressionnant d’organismes sociaux et économiques dont on ne finit pas de célébrer les cinquantenaires dans les années 1995 et 1996.

 

La création de l’Amicale

Les agents de la Banque de France n’étaient pas placés dans une situation particulièrement privilégiée, comparée à celle de leurs contemporains. La vie était dure pour tous, le problème quotidien était de nourrir sa famille, de trouver un logement pour les enfants qui voulaient se marier, s’établir. Tout cela dépendait des ressources de chacun. A la Banque, les organisations syndicales étaient actives et obtenaient pour les agents les aménagements de rémunérations qui réussissaient, tant bien que mal, à poursuivre la course effrénée des prix. C’était souvent grâce à l’obtention de primes, à l’occasion de telle ou telle opération. Elles jouaient leur rôle et le jouaient bien.

 

Pour les retraités, la situation était plus aléatoire, A cette époque, les retraités de la Banque de France ne percevaient même pas, comme pension, l’équivalent de 40 % des émoluments moyens de leurs trois dernières années d’activité. Ils étaient particulièrement amers car ils constataient que les engagements pris à leur égard n’avaient pas été tenus par la Banque : la plupart d’entre eux étaient devenus agents de la Banque à une époque où les retraites étaient calculées sur la base de 65 %.

 

La mise à la retraite était perçue, non comme une récompense légitime après une vie d’engagement professionnel au service de la Banque, mais comme une véritable catastrophe économique. Cela se traduisait, pour bon nombre d’entre eux, par la recherche d’un emploi leur assurant les ressources complémentaires leur permettant de faire vivre dignement les leurs. Le marché du travail à l’époque ne connaissait pas les pesanteurs d’aujourd’hui et la recherche d’un emploi n’était pas alors la quadrature du cercle.

 

La Banque, d’ailleurs, était si consciente de ce problème qu’elle réemployait, comme auxiliaires, bon nombre de ses agents après leur date de mise à la retraite. Cette pratique avait cours pour toutes les catégories de personnels et ne touchait pas que les employés aux revenus les plus modestes.

La vie était particulièrement difficile pour ceux des retraités qui ne pouvaient espérer trouver l’emploi complémentaire leur permettant de s’assurer une vie décente, en rapport avec leur situation d’ancien agent de la Banque. C’était le cas des plus âgés et de ceux que la maladie empêchait de se lancer à nouveau sur le marché du travail.

 

Pour ceux-là, aucune structure d’accueil permanent n’existait à la Banque. L’idée de maisons de retraite était dans l’air, mais tout restait à réaliser.

 

Les précurseurs

 

 

Des hommes et des femmes énergiques se trouvaient dans cette situation de pensionnés aux prises avec les dures réalités économiques de l’époque. Habités d’une longue tradition altruiste, conscients des efforts entrepris par les organisations syndicales pour défendre les intérêts professionnels et économiques des employés et relevant l’audience nouvelle accordée à ces syndicats, ils mesuraient l’ampleur de la tâche à accomplir pour les retraités. Ils sentaient qu’il était indispensable de concentrer toutes les énergies disponibles.

 

Beaucoup de ceux-là, étaient d’anciens animateurs d’une association née au début des années 20, « l’Amicale du personnel de la Banque de France » qui réunissait des agents des caisses, de la recette et du service. Cette amicale visait essentiellement à entretenir les liens d’amitié, de camaraderie entre ses adhérents et publiait chaque mois un bulletin de quatre pages dans lesquelles étaient données toutes les informations pratiques concernant la vie de ces catégories à la Banque. aussi bien au siège que dans les succursales. Elle avait. pour ces catégories de personnel – « les Habits Bleus » – la valeur d’une organisation syndicale quasi-catégorielle et bien de ses adhérents se sont retrouvés dans les rangs des militants les plus efficaces des organisations syndicales.

 

L’activité essentielle de « l’Amicale du personnel de la Banque de France » était de maintenir des relations amicales entre collègues, elle groupait les agents en activité mais aussi les retraités. Il faut dire que l’esprit de corps était très développé, chacun était fier de son appartenance à l’institution « Banque de France » et avait à coeur de donner une image inattaquable des fonctions dont il était chargé.

 

Cette fierté d’appartenir à un groupe considéré et d’y entretenir une solide camaraderie se manifeste dans de simples détails tels que le désir de conserver la trace de son passage dans ce groupe.

Cette association, comme la plupart de ses homologues, avait dû cesser ses activités pendant la tourmente de 1939-1945, des activités d’un autre ordre avaient pris le relais.

 

Ce sont ses adhérents les plus anciens, retraités après la guerre, qui se retrouvent avec des pensionnés d’autres catégories, des femmes, des cadres, des secrétaires-comptables ou des ouvriers pour prendre à bras le corps l’angoissant problème du devenir des retraités.

Tout naturellement, ils se réfèrent à leur ancienne association et ils vont créer l’Amicale.

 

Naissance de l’Amicale

Les choses se sont mises en place au cours d’une assemblée générale des retraités de la région parisienne, tenue à Paris le samedi 18 mai 1946 dans la grande salle de la Chambre de commerce.

René LEGROS, fédérateur incontesté des initiateurs de cette réunion, mène les débats secondé par les anciens de l’Amicale du personnel : Monod, Perbost, Boueil, Ferran, Deroux et quelques autres. Des personnalités assistent à la réunion, tels DURAND-SALADIN, Conseiller général élu par le personnel, STEIMER, Président du syndicat des employés (la C.F.T.C.), LEBRUN, Président du groupe d’encadrement. René LUCHE a adressé un message de soutien du Syndicat National. Ainsi, le Conseiller général élu et les syndicats se sont penchés sur le berceau de l’Amicale ; la C.G.T. sera présente dès l’assemblée générale de 1948.

 

Le but initial de l’Amicale est 1a défense de 1a situation des retraités dont la pension n’a pas été réévaluée conformément aux engagements de la Banque lors de notre entrée dans l’administration…

C’est avec l’appui des syndicats, alertés par notre Bureau, que nous ferons entendre à nos grands chefs le cri de détresse de ceux qui devant la montée croissante du coût de la vie, n’ont pour y faire face que les insuffisantes ressources qu’ils tiennent de la Banque.

 

Les statuts sont adoptés, les premières résolutions sont votées et la première commission administrative élue dans l’enthousiasme, à l’unanimité. René LEGROS en sera le premier Président ; on y retrouve à côté des anciens militants de l’Amicale d’avant-guerre de nouveaux venus issus des catégories « sans uniforme », employés ou cadres dont six femmes.

 

L’Amicale trouve tout de suite sa place à la Banque qui lui accorde les facilités indispensables en locaux et en matériel. Dès le 27 décembre 1946, une délégation de l’Amicale est reçue en audience par M. le Gouverneur MONICK. C’est M. DE BLETTERIE, premier sous-gouverneur, qui fait les présentations; MM. DURAND-SALADIN, LUCHE et HUREAU qui représente STEIMER ont bien voulu accompagner la délégation.

Le processus est engagé. Le premier bulletin a été diffusé en juillet, Une permanence est tenue tous les samedis matins et les 2e et 4e jeudis après-midi, au Palais-Royal, 123 et 125 galerie de Valois. Les adhésions affluent rapidement, de toute la France, de toutes les catégories. Les femmes sont nombreuses qui répondent aux appels de la Vice-présidente, Mlle BONAFOUS ; les veuves de guerre, particulièrement touchées par les mises d’office à la retraite proportionnelle lors des compressions de 1930 à 1936, sont rameutées par l’ardeur militante de Mme LACOSTE.

Au début de 1947, l’Amicale peut déjà se prévaloir de plus de 2.000 adhésions.

 

 

 

Texte des premiers statuts déposés

 

Article premier – Entre les soussignés il est formé une société dénommée Société amicale des Retraités de la Banque de France.

Article 2 – Cette société a pour but : de conserver et de continuer les relations amicales ayant existé entre ses membres pendant la durée de leur service actif ; de se réunir une fois par an et, à la mort de l’un de ses membres, de lui donner; ainsi qu’à sa famille, une dernière marque de sympathie; le cas échéant, d’intervenir auprès du gouvernement de le Banque de France pour soutenir les intérêts des retraités, et ceci, dans la mesure du possible, en liaison avec les syndicats du personnel.

Article 3 – La société sera administrée par une commission de 21 membres, élus chaque année par les sociétaires présents ou représentés à l’assemblée générale. La commission désignera elle-même un président, un secrétaire, un trésorier. Elle pourra désigner en outre un, deux ou trois vice-présidents, un secrétaire adjoint et un trésorier adjoint.

Article 4 – L’assemblée générale aura lieu chaque année au cours du ler semestre. elle pourra maintenir en fonctions les commissaires sortants qui y seraient consentants. Le lieu de la réunion sera désigné par la commission qui en préviendra en temps utile les sociétaires.

Article 5 – A l’issue de l’assemblée, un repas amical réunira tous les sociétaires qui voudront y participer, à la seule condition d’avertir huit jours à l’avance le président.
Il est bien entendu que ce repas sera facultatif et aux frais du sociétaire qui pourra y assister même accompagné d’invités.

Article 6 – Le président convoquera le bureau pour discuter et prendre toutes les mesures nécessaires à la bonne marche de la société ; il présidera ces réunions et aura voix prépondérante.

Article 7 – Le ou les trésoriers seront chargés de percevoir les cotisations, de payer les frais et toutes dépenses reconnues nécessaires, de tenir le registre des dépenses et de contrôle constamment à jour. Le ou les secrétaires seront tenus d’y inscrire toutes les mutations et tous les changements de domicile pouvant survenir. Sauf les dépenses administratives, aucune somme ne pourra être prélevée sur les cotisations.

Article 8 – La cotisation est fixée à 20 fr. par an, payable au plus tard dans le courant du 1er semestre. Si ce paiement n’est pas effectué dans le délai prévu, la cotisation sera recouvrée par la poste aux frais du sociétaire.

Article 9 – Dans la mesure du possible, un annuaire comprenant les noms, prénoms et adresses des adhérents sera remis à chaque sociétaire. Lorsqu’un sociétaire changera d’adresse, il devra en faire part au secrétaire.

Article 10 – L’année sociale commence le premier janvier.

 

Les hommes et les femmes des premiers temps

Avant de rappeler les noms de ceux qui ont accepté de prendre des responsabilités dans l’animation de l’Amicale pendant ses premières années d’existence, noms qui rappelleront quelques souvenirs aux plus anciens adhérents, n’oublions pas d’évoquer le soutien que nous ont apporté pour le lancement de l’amicale les Conseillers DURAND-SALADIN, puis MONDOU et, plus tard, HILAIRET. De leur côté, toutes les organisations syndicales de l’époque n’ont pas ménagé leurs encouragements et leur soutien affirmé.

De même, tout au long de sa montée en puissance, l’Amicale a pu se prévaloir de la bienveillante écoute des Gouverneurs MONICK puis BAUMGARTNER et des sous-gouverneurs DE BLETTERIE, puis SALTES.

La Commission administrative issue de l’Assemblée générale du 18 mai 1946:

 

 

 

M. AUREILLAN MM. FERRAN GUIRAUD
Mlle BONAFOUS Mme LACOSTE
MM. BOUEIL BOURBEAU MM. LAPEROUZE LEGROS MONOD MORALDO
Mlle CHAISEMARTIN Mlle NUGUE
MM. CHARLOT CUGNIET M. PERBOST
Mlle DECIRY Mlle SAUZAY
MM. DEMEURE DEROUX
X (à désigner)

 

Bureau

Président M. LEGROS
Vice-présidents Mlle BONAFOUS
MM. BOURBEAU MONOD
Secrétaire M. DEROUX
Secrétaire adjoint M. CUGNIET
Trésorière Mme LACOSTE
Trésorier adjoint M. CHARLOT

 

D’année en année, l’équipe initiale poursuit son ouvrage. Ces femmes et ces hommes passionnés par leur entreprise n’abandonnent la partie que vaincus par la maladie ou parce qu’ils s’installent trop loin de Paris. Comme le disent si gentiment les statuts d’alors que nous avons rappelés, l’assemblée n’hésite pas à : maintenir en fonctions les commissaires sortants qui y seraient consentants.

A leur suite, l’organisation a fait preuve d’une belle vitalité grâce à l’enthousiasme manifesté par tous ceux qui ont trouvé, et trouvent encore de nos jours, tout naturel de s’engager dans une entreprise de cet ordre. Ils n’en attendent, comme leurs prédécesseurs des cinquante années écoulées, rien d’autre que la satisfaction de servir le bien commun et de cultiver l’amitié.
Quelques nouveaux viennent les rejoindre au fil des ans, Mlles DAGUIN et DESTRES, MM. JAY, LOISON, MORIZET et PARRUITTE qui prend tout à la fois une vice-présidence et le poste de secrétaire administratif.

C’est en 1949 qu’intervient la première révision statutaire qui institue des mandats de six ans à la commission paritaire, renouvelables par moitié tous les trois ans.

 

Il ne peut être question de recenser dans cet opuscule tous ceux qui à l’échelon national, comme dans les groupes de province, ont attaché leur nom à l’implantation et au développement de l’Amicale. Nous fêtons le cinquantenaire de la fondation de l’association et ne citons que ceux qui l’ont lancée et aidée à s’établir sur des premières bases solides.

 

Ce qui apparaît nettement à la lecture de la composition des vingt conseils d’administration qui se sont succédés de 1946 à 1996, c’est la grande stabilité des équipes en place. Comme aux premiers temps, ceux qui se sont engagés au profit de l’Amicale, ne renoncent à poursuivre leur action que lorsque leurs forces les abandonnent.

Ceux qui acceptent de se présenter aux élections pour solliciter un renouvellement de mandat sont fort souvent réélus, malgré des compétitions généralement très ouvertes. Ceci prouve la grande confiance qu’ils savent mériter de leurs collègues électeurs.